La gestion des textiles usagés, un défi majeur pour les collectivités
Vous l’avez sans doute remarqué, dans certains secteurs il n’est parfois plus possible de déposer ses vêtements usagés. Certaines bornes textiles ont disparu ou le nombre de points de collecte tend à diminuer.
Comment expliquer cette situation ? Comment fonctionne la filière textile ? Quelles sont les enjeux pour les collectivités et les habitants ? Et pourquoi Valor3e s’intéresse-t-il à cette question ?
Une filière textile sous tension
Au fil des années, la mondialisation de la production et l’évolution des modes de consommation ont profondément transformé la filière textile. Le développement de la fast fashion, caractérisée par un renouvellement très rapide des vêtements proposés à la vente et souvent de moindre qualité, a notamment entraîné une hausse importante des volumes de textiles mis sur le marché, accompagnée d’une diminution de la durée de vie des vêtements. En 2024, ce sont 885 789 tonnes de textiles qui ont été mis sur le marché. Cela représente 3,38% de plus par rapport à 2023, autant de futurs déchets potentiels.
Aujourd’hui, la filière fait face à de nouvelles difficultés. Certains débouchés pour la seconde main arrivent à saturation, tandis que la concurrence internationale s’intensifie. L’un des principaux marchés d’exportation, l’Afrique, est désormais fortement concurrencé par des flux de textiles provenant de Chine, proposés à des prix très bas. Cette situation complique donc l’écoulement des textiles collectés en Europe.
Cette situation fragilise l’équilibre économique de nos centres de tri. Ils doivent gérer des volumes importants de textiles tout en faisant face à des débouchés de plus en plus limités.

Refashion : acteur clé de la filière
Pour organiser la gestion des textiles usagés, l’État a confié cette mission à Refashion, l’éco-organisme de la filière textile. Son rôle est de percevoir les contributions financières versées par les fabricants et distributeurs de textiles afin de soutenir le tri, le réemploi et le recyclage.
Un cahier des charges fixé par l’État encadre son fonctionnement. Il définit les objectifs à atteindre ainsi que les modalités de financement des différents acteurs de la filière.
Les soutiens financiers accordés aux centres de tri étant jugés trop faibles par les acteurs de la filière, un nouveau cahier des charges devrait voir le jour prochainement, particulièrement attendu par l’ensemble des parties-prenantes.
Toutefois, les premières orientations annoncées par le ministère de la Transition écologique semblent loin de répondre à leurs attentes. Selon Amorce, le soutien financier au tri demeurerait fixé à 268 euros par tonne triée. De plus, son attribution serait désormais conditionnée aux performances en matière de réemploi et de recyclage sur le territoire. En cas de non atteinte des objectifs fixés, les aides pourraient être réduites, voire supprimées à terme. Parallèlement, le projet prévoit une augmentation des financements destinés aux industriels du recyclage, sans pour autant garantir une hausse des volumes textiles effectivement collectés et valorisés.
Une situation qui concerne directement les collectivités
Ces difficultés ont des répercussions concrètes sur les territoires. C’est notamment le cas en Pays de la Loire, où se situe le territoire de Valor3e. Le syndicat se charge du transfert, du traitement et de la valorisation des déchets pour quatre intercommunalités : Mauges Communauté, Cholet Agglomération, Clisson Sèvre et Maine Agglo et la Communauté de communes Sèvre et Loire.
La collecte des textiles demeure aujourd’hui opérationnelle sur les territoires de Sèvre et Loire et de Clisson Sèvre et Maine. C’est Le Relais qui assure cette prestation.
À Mauges Communauté, la collecte est maintenue. Cependant le nombre de points d’apport volontaire a diminué à la suite du retrait de l’entreprise Ecotextile.
Sur Cholet Agglomération, où Ecotextile assurait également la collecte, le service n’est aujourd’hui plus opérationnel. Cette situation soulève des interrogations quant à sa continuité.
Le cas de Cholet Agglomération :
En l’absence d’un service de collecte dédié sur le territoire de Cholet Agglomération, les textiles usagés sont désormais principalement pris en charge par l’association Fil d’Ariane. Elle dispose de deux écocycleries : l’Écocyclerie du Choletais et la 2ème Écocyclerie. Toutefois, seule la 2ème Écocyclerie assure actuellement la collecte des textiles usagés.
Lorsqu’un habitant dépose des vêtements, chaussures ou du linge de maison dans une écocyclerie, les textiles sont d’abord réceptionnés puis triés par les équipes de la structure. Les articles en bon état sont orientés vers le réemploi. Ils sont revendus à prix solidaire dans la boutique de l’écocyclerie, ou parfois redistribués à des associations. Les textiles présentant de légers défauts peuvent être réparés ou valorisés dans des ateliers de couture et d’upcycling. Enfin, les articles trop usés ou non réemployables sont dirigés vers les centres de tri. Il y sont réorientés vers différents exutoires.
Face à l’augmentation constante des volumes réceptionnés et à des capacités de traitement limitées, l’association Fil d’Ariane ne peut valoriser l’ensemble des textiles qu’elle collecte aujourd’hui. Jusqu’à récemment, les articles trop usés ou non réemployables étaient repris par Ecotextile. Ils étaient alors orientés vers des filières de valorisation adaptées. Suite à l’arrêt de son activité sur le territoire, cette solution n’est plus opérationnelle. Une partie de ces textiles est désormais dirigée vers les déchèteries, où elle est destinée à l’incinération ou à l’enfouissement.
Des textiles détournés de leur filière :
Par ailleurs, faute de solution de collecte clairement identifiée ou suffisamment accessible, le Syndicat et ses collectivités constatent qu’une part des textiles est jetée avec les ordures ménagères résiduelles (OMR). Une tendance qui semble s’accentuer sur l’ensemble du territoire de Valor3e.
En effet, les caractérisations réalisées ces dernières années montrent que la part des textiles dans les OMR augmente. Elle est passée de 5,1 % en 2024 à 5,8 % en 2025. Bien que cette hausse ne soit pas significative entre ces deux années, cela témoigne d’un détournement croissant des textiles des filières de réemplois et de recyclage, au détriment des objectifs de l’économie circulaire. Les résultats des dernières caractérisations réalisée en ce début d’année 2026 confirmeront sans doute la tendance.
Pourquoi Valor3e réalise un état des lieux de la filière ?
Face aux enjeux actuels, et à la demande des élus, Valor3e réalise un état des lieux de la filière textile sur son territoire. L’objectif est de mieux comprendre son fonctionnement, d’identifier les acteurs impliqués de la collecte au traitement et d’évaluer les conséquences locales des difficultés rencontrées par la filière. Cette démarche vise également à étudier les perspectives d’une éventuelle collecte en régie sur le territoire et à en apprécier les implications techniques, organisationnelles et financières. À ce titre, Valor3e a déjà réalisé les premières estimations de coûts, mais celles-ci nécessitent encore d’être consolidées et affinées.
Bien que Valor3e ne dispose pas de la compétence de collecte ou de traitement des textiles, cette étude mutualisée à l’échelle des quatre collectivités a vocation à fournir les éléments nécessaires pour éclairer leurs réflexions et leurs futures décisions en matière de collecte textile.
Selon les évolutions de la filière et du service de collecte sur le territoire, cette étude permettra d’identifier les solutions les plus adaptées et d’orienter les choix des collectivités, dans une logique d’optimisation des coûts pour les habitants, notamment sur le territoire de Cholet Agglomération.
Sources :
https://filieres-rep.ademe.fr/filieres-REP/filiere-TLC/tableau-de-bord
